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Moulay Ahmed Laraki, la franchise face à un Roi
Contrairement à l’image véhiculée, le défunt Roi Hassan II n’était pas sourd aux critiques. L’interview qu’a accordée Moulay Ahmed Laraki, un des hommes les plus proches de Hassan II, à l’hebdomadaire "La Gazette du Maroc" où il évoque la note qu’il a remise au Roi après les événements de Skhirat nous dresse un autre portrait de ce monarque. Détails.
L'interview exclusive et la publication d’une note remise à Hassan II dix jours après l’attentat de Skhirat sur les colonnes de la Gazette du Maroc et le mensuel Version Homme du mois d’août ont fait couler beaucoup d’encre cette dernière semaine dans la presse marocaine.
L'écoute d'un Roi
En effet, c’est la franchise de l’homme s’adressant au Roi qui était au cœur des commentaires. “Il m’avait toujours autorisé à lui parler franchement. Il acceptait qu’on lui fasse part de critiques, même si ça ne lui faisait pas plaisir, mais pas à côté des autres.
En tête à tête, il acceptait tout ! Sinon, je ne me serais pas permis d’écrire cette note-là”, déclare Moulay Ahmed Laraki.
Silencieux depuis 30 ans, Moulay Ahmed Laraki, un des fondateurs de la diplomatie marocaine, d'abord Ministre des Affaires étrangères, ensuite Premier ministre sous le règne de Hassan II, dresse dans sa note un bilan de tout un pays traumatisé. Il critique, épingle les politiques, l’administration, la concentration du pouvoir, et même le mode de vie du Souverain.
“Un chef d’Etat assumant tous les pouvoirs doit être à son bureau de travail toute la journée. C’est de cette seule manière qu’il peut connaître ses hommes et ses dossiers, donner l’exemple, forcer l’estime de l’administration, susciter l’enthousiasme, créer une mystique du travail, cultiver les vertus de son équipe”, a-t-il recommandé à Hassan II.
Cette note à été adressée à Hassan II, suite au putch militaire qui a failli changer le mode de pouvoir au Maroc. Le 10 juillet 1971, alors que le Roi reçoit pour son anniversaire plus de mille invités, deux colonnes de cadets commandées par quelques dizaines d'officiers tirent sur la foule des convives et font un carnage. Le souverain échappe miraculeusement à la mort.
Pour Ahmed Laraki, l’attentat avorté n’est que l’expression ultime d’un état d’esprit. “La population, les cadres, l’élite vivaient pratiquement dans le vide intellectuel le plus complet sans encadrement véritable, sans mobilisation, sans explications, sans directives précises, bref chaque citoyen était à la merci de ses propres convictions nées d’une analyse personnelle des événements avec tout ce que cela peut comporter de subjectif.”
Le nécessaire électrochoc comme remède
Dans cette note, Moulay Ahmed Laraki soulève les questions qui fâchent. “Le plus important maintenant est de déchoquer la population, la reprendre en main, répondre à son angoisse par des réformes profondes et nécessaires, correspondant à ses aspirations et vous m’excuserez, Sire, de souligner encore une fois, qu’en raison de la profondeur du choc, il n’y a que “l’électrochoc” comme remède, médicalement parlant”, conclut-t-il.
L’interview ou la note sont deux documents d’une importante valeur historique, a souligné la presse nationale, parce qu'il est rare au Maroc qu’un responsable accepte de révéler son jardin secret du pouvoir.
Importante aussi pour une nouvelle génération qui ignore l’histoire de son pays et importante selon la presse nationale qui juge que la note est toujours actuelle. “Aujourd’hui tout le monde s’interroge sur l’avenir. Quelles que soient nos parts respectives de responsabilité, l’heure n’est pas aux lamentations mais au redressement”, confie Moulay Ahmed Laraki.